Le kudzu (Pueraria lobata, aussi appelé Pueraria montana var. lobata) est une plante grimpante originaire d'Asie, dont la racine est utilisée depuis des siècles en médecine traditionnelle chinoise. Elle est aujourd'hui vendue en complément alimentaire, surtout pour réduire la consommation d'alcool et soulager les symptômes de la ménopause. On trouve aussi en cuisine l'amidon de sa racine (le « kuzu »), utilisé comme épaississant, qui n'est pas concerné par cet article.
La racine de kudzu contient des isoflavones (puérarine, daidzine, daidzéine), des composés végétaux proches de ceux du soja, qui ont une faible activité de type œstrogène (l'hormone féminine).
Attention à la confusion : le Pueraria mirifica (ou kwao krua), une plante thaïlandaise vendue pour la ménopause ou le « volume de la poitrine », est une espèce différente, beaucoup plus œstrogénique. Les données présentées ici concernent le kudzu (Pueraria lobata).
Effet le mieux établi : moins de bières bues par des gros buveurs non dépendants, lors de séances de consommation en conditions contrôlées Grade C
Aucun effet n'est démontré pour le traitement de la dépendance à l'alcool, ni pour la ménopause. Le principal point de vigilance concerne l'activité œstrogénique, chez les personnes atteintes de cancers hormonodépendants.
Comment sont attribués les grades ?
Nos grades suivent la méthode GRADE (Grading of Recommendations, Assessment, Development and Evaluation), le système de référence international utilisé notamment par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et la collaboration Cochrane. Il mesure le niveau de confiance que l'on peut avoir dans un effet, à partir de l'ensemble des études disponibles.
| Grade | Certitude | Signification |
|---|---|---|
| Grade A | Élevée | Nous sommes très confiants : l'effet réel est proche de l'effet observé |
| Grade B | Modérée | L'effet réel est probablement proche de l'effet observé, mais pourrait être sensiblement différent |
| Grade C | Faible | Confiance limitée : l'effet réel pourrait être sensiblement différent |
| Grade D | Très faible | Très peu de confiance : l'effet réel est probablement très différent |
| Non évaluable | Non évaluable | Aucune donnée chez l'homme (uniquement cellules ou animaux) |
Comment le grade est-il fixé ? Le point de départ dépend du type d'études : les essais randomisés (participants répartis au hasard) partent d'une certitude élevée, les études observationnelles (comme les cohortes) d'une certitude faible. Le grade est ensuite abaissé en cas de défauts méthodologiques, de résultats contradictoires, de preuves indirectes, de trop petits effectifs ou de suspicion que des études négatives n'aient pas été publiées. Il peut être relevé pour des études observationnelles en cas d'effet très important ou d'effet qui augmente avec la quantité consommée.
Le grade mesure la solidité des preuves, pas l'importance de l'effet ni sa dangerosité.
Pourquoi ne pas tenir compte des études en laboratoire ou chez l'animal ? Un effet observé sur des cellules ou chez l'animal ne se retrouve souvent pas chez l'homme : doses, absorption et métabolisme sont très différents. Nos grades reposent donc uniquement sur des études menées chez l'homme, par voie orale. Les nombreuses études chinoises sur la puérarine injectable (en perfusion, à l'hôpital) ne sont pas prises en compte.
Réduire sa consommation d'alcool (gros buveurs) Grade C
C'est l'usage le plus étudié. Une même équipe américaine (hôpital McLean, Harvard) a mené plusieurs petits essais randomisés en double aveugle (ni les participants ni les chercheurs ne savaient qui recevait quoi) chez des gros buveurs qui ne cherchaient pas à arrêter, dans un appartement aménagé où ils pouvaient boire jusqu'à six bières en une séance :
- après 7 jours d'extrait de kudzu (concentré à 25 % d'isoflavones), les participants (14 au départ, 11 jusqu'au bout) ont bu moins de bières que sous placebo : 8 sur 11 en ont bu moins, 2 autant et 1 de plus. Ils buvaient plus lentement, en plus de gorgées, mais leur envie de boire n'avait pas changé ;
- après 4 semaines d'un extrait standardisé, des gros buveurs ont réduit leur consommation à partir de la deuxième semaine ;
- la puérarine seule, principal composé de la racine, a eu un effet similaire dans un essai pilote ;
- une seule prise d'extrait, 2,5 heures avant une séance, a fait baisser la consommation d'environ 3 bières à 1,9 en moyenne, alors que le groupe placebo passait de 2,7 à 3,4 bières.
Selon les auteurs, le kudzu n'augmente pas l'ivresse et ne provoque pas les malaises du disulfirame (un médicament qui rend l'alcool désagréable). Son mode d'action reste inconnu.
Pourquoi ce grade ? Point de départ élevé (essais randomisés en double aveugle), abaissé de deux niveaux : tous les essais positifs viennent d'une seule équipe, sur de très petits effectifs, et dans des conditions de laboratoire éloignées de la vie réelle.
Conclusion : chez des gros buveurs non dépendants, le kudzu pourrait faire boire un peu moins, sans réduire l'envie de boire. Cela reste à confirmer par d'autres équipes.
Source(s)
- Lukas et al., 2005 — Alcohol Clin Exp Res (14 gros buveurs, 7 jours) : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/15897719/
- Lukas et al., 2013 — Psychopharmacology (extrait standardisé, 4 semaines) : https://www.researchgate.net/publication/232255743_A_Standardized_Kudzu_Extract_NPI-031_Reduces_Alcohol_Consumption_in_Non_Treatment-Seeking_Male_Heavy_Drinkers
- Penetar et al., 2012 — Drug Alcohol Depend (puérarine seule, essai pilote) : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC3430804/
- Penetar et al., 2015 — Drug Alcohol Depend (prise unique, consommation excessive) : https://doi.org/10.1016/j.drugalcdep.2015.05.025
Traiter la dépendance à l'alcool Grade D
Le seul essai randomisé chez des personnes dépendantes à l'alcool a donné un résultat négatif. Chez 38 anciens militaires en traitement pour alcoolisme, 1,2 g d'extrait de racine deux fois par jour pendant un mois n'a eu aucun effet ni sur l'abstinence ni sur l'envie de boire, par rapport au placebo. Beaucoup de participants ont abandonné l'essai.
Pourquoi ce grade ? Point de départ élevé (essai randomisé), abaissé de trois niveaux : un seul très petit essai, avec beaucoup d'abandons et un extrait mal caractérisé.
Conclusion : le kudzu n'est pas un traitement démontré de la dépendance à l'alcool. Une personne dépendante doit être accompagnée médicalement, car l'arrêt brutal de l'alcool peut être dangereux.
Source(s)
- Shebek et Rindone, 2000 — Altern Ther Health Med (38 patients dépendants) : https://www.researchgate.net/publication/12609970_A_Pilot_Study_Exploring_The_Effect_of_Kudzu_Root_on_the_Drinking_Habits_of_Patients_with_Chronic_Alcoholism
Ménopause Grade D
Grâce à ses isoflavones, le kudzu est vendu pour soulager les bouffées de chaleur et protéger les os. Les données sont très limitées :
- un essai de 2003 a comparé le kudzu en poudre, un traitement hormonal de la ménopause et l'absence de traitement, sans aveugle, avec des résultats jugés peu clairs ;
- un essai de 2021 chez 50 femmes ménopausées, sur 4 semaines, a testé cinq dosages d'extrait sans groupe placebo et sans aveugle. Il rapporte une baisse de marqueurs sanguins de la dégradation des os et du cartilage, et une bonne tolérance ;
- les revues systématiques jugent les preuves d'un bénéfice « peu claires ».
Pourquoi ce grade ? Point de départ élevé (essais), abaissé de trois niveaux : essais sans aveugle et sans placebo, de très petite taille et de courte durée, sur des marqueurs sanguins.
Conclusion : aucun effet démontré sur les symptômes de la ménopause ou la santé des os.
Source(s)
- Woo et al., 2003 — Menopause (kudzu, traitement hormonal ou absence de traitement) : https://doi.org/10.1097/01.GME.0000054764.94658.33
- Bihlet et al., 2021 — Front Pharmacol (50 femmes, 4 semaines) : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC8568880/
- Ulbricht et al., 2015 — J Diet Suppl (revue systématique sur le kudzu) : https://doi.org/10.3109/19390211.2014.904123
Autres usages (diabète, cœur, douleurs)
En médecine traditionnelle chinoise, le kudzu est aussi utilisé pour le diabète, les maladies cardiovasculaires, la fièvre ou les douleurs cervicales. Les études chez l'homme sont rares, petites, souvent réalisées avec la puérarine injectable ou des mélanges de plantes, et les revues systématiques concluent que les preuves d'un bénéfice sont peu claires. Ce point n'est pas noté, faute d'essai oral de qualité testant le kudzu seul.
Source(s)
- Memorial Sloan Kettering Cancer Center — Kudzu (fiche professionnelle) : https://www.mskcc.org/cancer-care/integrative-medicine/herbs/kudzu
⚠️ Grade D — Point de vigilance : activité œstrogénique
Le grade indique ici la solidité des preuves concernant ce risque, pas sa gravité.
Des études chez l'homme et l'animal suggèrent que le kudzu a une activité œstrogénique. Par précaution, le centre de cancérologie Memorial Sloan Kettering recommande aux personnes atteintes d'un cancer hormonodépendant (comme certains cancers du sein) et à celles qui prennent du tamoxifène (un traitement de ce cancer) d'éviter le kudzu, car il pourrait en contrecarrer l'effet. L'importance clinique de cette interaction n'est pas établie.
Pourquoi ce grade ? Risque théorique tiré de l'activité des isoflavones, sans étude clinique mesurant directement ses conséquences : certitude très faible, mais prudence justifiée.
Conclusion : à éviter en cas de cancer hormonodépendant ou de traitement par tamoxifène.
Source(s)
- Memorial Sloan Kettering Cancer Center — Kudzu : https://www.mskcc.org/cancer-care/integrative-medicine/herbs/kudzu
⚠️ Grade D — Point de vigilance : interactions et effets indésirables
Le grade indique ici la solidité des preuves concernant ce risque, pas sa gravité.
Dans les essais, l'extrait de kudzu a été bien toléré à court terme (quelques jours à quelques semaines). Quelques signaux justifient néanmoins la prudence :
- un cas de néphrite interstitielle aiguë (une inflammation des reins) a été rapporté chez une personne qui avait bu du jus de racine de kudzu ;
- chez le rat, l'extrait de racine a provoqué une interaction grave avec le méthotrexate (un médicament utilisé contre certains cancers et rhumatismes) ;
- en laboratoire, la puérarine modifie certaines enzymes du foie qui éliminent les médicaments, ce qui pourrait en modifier les effets.
Aucune donnée ne permet d'évaluer la sécurité du kudzu pendant la grossesse ou l'allaitement.
Pourquoi ce grade ? Un seul cas rapporté chez l'homme, le reste vient d'études chez l'animal et en laboratoire : certitude très faible.
Conclusion : demandez l'avis d'un médecin ou d'un pharmacien avant de prendre du kudzu si vous suivez un traitement (notamment le méthotrexate), si vous avez une maladie des reins, ou si vous êtes enceinte ou allaitez.
Source(s)
- Jung et al., 2013 — Clin Nephrol (néphrite après du jus de racine de kudzu) : https://doi.org/10.5414/CN107850
- Interaction entre l'extrait de racine de Pueraria lobata et le méthotrexate chez le rat, 2005 — Toxicol Appl Pharmacol : https://doi.org/10.1016/j.taap.2005.04.015
Ce qu'il faut retenir
| Effet | Grade | Fiabilité |
|---|---|---|
| Moins d'alcool bu (gros buveurs non dépendants) | Grade C | Certitude faible : petits essais d'une seule équipe, en laboratoire |
| Traitement de la dépendance à l'alcool | Grade D | Certitude très faible : le seul essai est négatif |
| Ménopause et os | Grade D | Certitude très faible : essais sans aveugle ni placebo |
| ⚠️ Activité œstrogénique | Grade D | Certitude très faible : à éviter en cas de cancer hormonodépendant |
| ⚠️ Interactions et effets indésirables | Grade D | Certitude très faible : signaux isolés, prudence justifiée |
Conclusion
Le kudzu est une plante intrigante pour la consommation d'alcool : une même équipe a observé, dans plusieurs petits essais, que des gros buveurs non dépendants buvaient un peu moins après l'avoir pris. Mais ces résultats n'ont jamais été reproduits par d'autres chercheurs, et le seul essai chez des personnes dépendantes est négatif. Pour la ménopause, les essais sont trop faibles pour conclure.
Côté sécurité, il est bien toléré à court terme, mais son activité œstrogénique et ses interactions possibles avec certains médicaments justifient la prudence.
Notre verdict
⭐⭐☆☆☆
VERDICT GLOBAL : 2/5
Un complément aux effets possibles mais non confirmés sur la consommation d'alcool, sans effet démontré sur la ménopause, et avec des précautions à respecter. Ce n'est pas une alternative à un accompagnement médical en cas de consommation d'alcool problématique.
Notre recommandation : en cas de consommation d'alcool que vous voulez réduire, parlez-en à votre médecin ou à un centre d'addictologie : des aides efficaces existent. Si vous souhaitez essayer le kudzu, évitez-le en cas de cancer hormonodépendant, de traitement par tamoxifène ou méthotrexate, de maladie des reins, de grossesse ou d'allaitement.
Références scientifiques
Alcool
- Lukas SE, Penetar D, Berko J, et al. An extract of the Chinese herbal root kudzu reduces alcohol drinking by heavy drinkers in a naturalistic setting. Alcohol Clin Exp Res. 2005;29(5):756-762. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/15897719/
- Lukas SE, Penetar D, Su Z, et al. A standardized kudzu extract (NPI-031) reduces alcohol consumption in non-treatment-seeking male heavy drinkers. Psychopharmacology. 2013;226(1):65-73. https://www.researchgate.net/publication/232255743_A_Standardized_Kudzu_Extract_NPI-031_Reduces_Alcohol_Consumption_in_Non_Treatment-Seeking_Male_Heavy_Drinkers
- Penetar DM, Toto LH, Farmer SL, et al. The isoflavone puerarin reduces alcohol intake in heavy drinkers: a pilot study. Drug Alcohol Depend. 2012. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC3430804/
- Penetar DM, Toto LH, Lee DY, Lukas SE. A single dose of kudzu extract reduces alcohol consumption in a binge drinking paradigm. Drug Alcohol Depend. 2015;153:194-200. https://doi.org/10.1016/j.drugalcdep.2015.05.025
- Shebek J, Rindone JP. A pilot study exploring the effect of kudzu root on the drinking habits of patients with chronic alcoholism. J Altern Complement Med. 2000;6(1):45-48. https://www.researchgate.net/publication/12609970_A_Pilot_Study_Exploring_The_Effect_of_Kudzu_Root_on_the_Drinking_Habits_of_Patients_with_Chronic_Alcoholism
Ménopause
- Woo J, Lau E, Ho SC, et al. Comparison of Pueraria lobata with hormone replacement therapy in treating the adverse health consequences of menopause. Menopause. 2003;10(4):352-361. https://doi.org/10.1097/01.GME.0000054764.94658.33
- Bihlet AR, Byrjalsen I, Andersen JR, et al. The efficacy and safety of multiple dose regimens of kudzu (Pueraria lobata) root extract on bone and cartilage turnover and menopausal symptoms. Front Pharmacol. 2021;12:760629. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC8568880/
- Ulbricht C, et al. An evidence-based systematic review of kudzu (Pueraria lobata) by the Natural Standard Research Collaboration. J Diet Suppl. 2015;12(1):36-104. https://doi.org/10.3109/19390211.2014.904123
Sécurité
- Memorial Sloan Kettering Cancer Center. Kudzu. https://www.mskcc.org/cancer-care/integrative-medicine/herbs/kudzu
- Jung HL, Kim YJ, Han SH, Kim J. Acute interstitial nephritis after ingestion of Pueraria lobata (kudzu) root juice. Clin Nephrol. 2013;80(4):298-300. https://doi.org/10.5414/CN107850
- Life-threatening interaction between the root extract of Pueraria lobata and methotrexate in rats. Toxicol Appl Pharmacol. 2005;209(3):263-268. https://doi.org/10.1016/j.taap.2005.04.015
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